Le bon moment pour solliciter les soins palliatifs : repères essentiels pour patients, familles et professionnels

9 juin 2025

reseau-palliatif-centre-bretagne.com

Pour un accompagnement bienveillant et respectueux

Redéfinir les soins palliatifs : bien au-delà de la « fin »

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Lorsqu’on évoque les soins palliatifs, une image s’impose souvent : celle de l’accompagnement ultime, dans les derniers jours de la vie, en huis clos à l’hôpital ou à la maison. C’est une vision partielle, et même réductrice. La réalité des soins palliatifs est bien plus large, bien plus vivante : ils sont avant tout une philosophie du soin qui prend le relais, parfois tôt, face à une maladie grave, évolutive, et non guérissable.

Selon la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP), les soins palliatifs s’adressent à toute personne atteinte d’une maladie grave, évolutive ou terminale, lorsque la visée curative laisse place à une priorité donnée à la qualité de vie, au soulagement des symptômes et à l’accompagnement, au sens large (source : SFAP).

Qui peut bénéficier des soins palliatifs ? Un espace large, un jeu de seuils

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Ce n’est pas l’âge, le type de maladie ou une urgence qui détermine l’accès aux soins palliatifs. Les critères sont plus subtils, ils tiennent à l’évolution de la maladie et à la manière dont elle affecte la vie, le confort, les choix de la personne et de ses proches.

  • Pathologies concernées : cancers (tous types), maladies neurologiques (SLA, maladie d’Alzheimer évoluée, etc.), insuffisances d’organe avancées (cardiaque, respiratoire, rénale…), VIH/Sida, maladies rares évolutives.
  • Situation clinique : maladie active, dont l’évolution fait craindre qu’elle conduira au décès à moyen terme, sans guérison possible, et pour laquelle les traitements sont soit inefficaces, soit disproportionnés par rapport au bénéfice escompté.
  • Besoins de la personne : douleurs difficiles à contrôler, symptômes multiples (nausées, essoufflement, anxiété…), souffrance psychique, détresse familiale, épuisement des proches ou de l’aidant principal.

Le moment où ces besoins émergent est donc très variable, selon chaque personne. Ils ne surgissent pas toujours en toute fin de parcours. Par exemple, dans certaines maladies neurologiques, le temps des soins palliatifs peut courir sur plusieurs années – avec des périodes de stabilité, des ajustements, de la vie.

“Trop tôt, trop tard” : lever un mythe courant

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Un des freins majeurs à la demande de soins palliatifs vient de la crainte qu’il soit « trop tôt » pour en parler… ou « trop tard » pour y accéder. Pourtant, les recommandations nationales et internationales insistent depuis plusieurs années : plus les soins palliatifs sont envisagés tôt, plus l’accompagnement est bénéfique.

  • Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, intégrer les soins palliatifs dès le diagnostic d’une maladie menaçante pour la vie améliore la qualité de vie, réduit la douleur, et l’anxiété, sans accélérer la mort ni la retarder (OMS).
  • Une étude publiée en 2010 dans le New England Journal of Medicine montrait que, pour des patients atteints d’un cancer du poumon métastatique, une prise en charge précoce en soins palliatifs augmentait non seulement la qualité de vie mais aussi la survie médiane de plusieurs semaines (Temel et al., 2010).

Les soins palliatifs ne sont donc pas, comme on le croit trop souvent, le “dernier recours”, mais une ressource qui peut accompagner l’ensemble d’un chemin, pourvu que les besoins le justifient et que l’équipe de soin en témoigne.

Quels signes doivent alerter ?

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Parmi les signes concrets qui doivent pousser à demander un avis en soins palliatifs, on retrouve :

  • L’apparition de douleurs persistantes, difficiles à soulager
  • Des symptômes envahissants (fatigue extrême, perte d’appétit, confusion, troubles respiratoires…)
  • Une succession d’hospitalisations rapprochées, avec chaque fois une dégradation progressive
  • Des interrogations autour du sens des traitements, le souhait de “moins d’acharnement”
  • L’épuisement de l’aidant principal, ou une souffrance psychique manifeste
  • Le besoin d’un regard extérieur pour clarifier un projet de vie ou d’accompagnement

Il n’existe pas de “bon moment” universel. Mais s’interroger, c’est déjà enclencher une démarche palliative, au sens fort du terme : être à l’écoute de ce qui évolue, de ce qui questionne, avec humilité et humanité.

Comment faire la démarche ? Le rôle des équipes de soins de proximité

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

L’accès aux soins palliatifs peut se faire via plusieurs portes d’entrée :

  • Le médecin traitant, qui identifie le besoin de soutien supplémentaire – il peut contacter une équipe mobile de soins palliatifs, solliciter un avis hospitalier, ou orienter la personne vers un réseau territorial (en Centre-Bretagne, par exemple, le Réseau de Santé de Centre Bretagne).
  • L’infirmier(e) à domicile, très présent auprès des personnes âgées ou fragiles, qui joue souvent un rôle d’alerte.
  • La famille ou la personne elle-même, qui peut exprimer un souhait, un besoin d’accompagnement global et coordonné.

La démarche tient compte du projet de vie : rester à domicile, entrer temporairement ou durablement en unité spécialisée (USP, EHPAD avec projet de soins palliatifs), ou recevoir un accompagnement de façon ponctuelle (consultation, passage d’équipe spécialisée).

En France, les soins palliatifs ne sont pas une spécialité réservée aux hôpitaux : selon le baromètre de la SFAP (2023), près de 60 % des accompagnements ont lieu à domicile ou en EHPAD.

Plusieurs dispositifs existent pour faciliter l’accès en Centre-Bretagne :

  • Équipes Mobiles de Soins Palliatifs (EMSP) : elles se déplacent dans les établissements et à domicile, proposent des avis spécialisés, et forment les acteurs locaux.
  • Réseaux de soins palliatifs : coordination, évaluation des situations complexes, soutien des familles et des professionnels.
  • Unité de Soins Palliatifs (USP), souvent réservée aux situations complexes ou pour un temps de répit.

Une étude de la DREES (2022) note que le nombre de lits identifiés en soins palliatifs en France a augmenté de plus de 20 % en dix ans : la dynamique d’accessibilité progresse, même si elle reste inégale selon les territoires (DREES).

Soins palliatifs précoces : pourquoi c’est parfois mieux ?

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Intégrer les soins palliatifs tôt présente plusieurs atouts majeurs, attestés par la recherche :

  1. Meilleure gestion des symptômes, évitant les “pics” de crise ou les hospitalisations non anticipées ;
  2. Davantage de temps pour poser les questions qui comptent, sur les choix à venir, le sens des traitements, les directives anticipées ;
  3. Prise en charge du retentissement psychique, du deuil blanc des proches, de l’angoisse de l’après ;
  4. Coordination renforcée entre soignants, ce qui limite la fragmentation des parcours ;
  5. Prévention de l’épuisement des aidants, qui reste sous-estimé : en France, 62 % des proches aidants évoquent un stress important lors de la période de fin de vie, selon le Baromètre BVA pour la SFAP (2021).

Les professionnels comme les familles témoignent : lorsqu’ils peuvent anticiper, préparer, penser ce qui compte, le chemin est bien souvent plus apaisé, plus riche de présence, et parfois de petits bonheurs inattendus.

Ce que les soins palliatifs ne sont pas : balayer les peurs tenaces

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

La principale confusion tient à l’amalgame entre soins palliatifs et “soins de fin de vie immédiate”. Plusieurs familles hésitent à demander ce soutien, de peur d’accélérer un processus ou de signifier un renoncement.

  • Recourir aux soins palliatifs ne signifie pas “abandonner” : c’est souvent préserver ce qui reste possible, alléger, donner du sens aux jours présents.
  • On peut continuer – selon l’état clinique et la volonté de la personne – des traitements (radiothérapie antalgique, antibiothérapies, transfusions…), si le but est le confort et le bien-être.
  • Les soins palliatifs n’impliquent jamais une accélération intentionnelle de la fin de vie : la loi en France (Loi Claeys-Leonetti, 2016) fixe un cadre précis, où l’intention est le soin, non l’euthanasie.

En 2021, 47 % des Français estimaient à tort que les soins palliatifs étaient réservés aux “tous derniers jours de vie” (sondage SFAP/IFOP), alors que, dans les faits, bon nombre de patients et de familles en bénéficient au fil de mois, voire d’années.

Accompagner plus tôt : une invitation à envisager autrement le parcours de soin

À quel moment peut-on bénéficier des soins palliatifs ?

Aborder la question du « bon moment » pour les soins palliatifs, c’est toucher à une dimension intime : celle de la temporalité de la maladie, du deuil, du choix. C’est aussi, pour les proches comme pour les équipes, entendre que ces soins ne viennent pas effacer l’espoir, mais lui donner d’autres couleurs – l’espoir d’une souffrance apaisée, de liens préservés, de paroles dites, de gestes partagés.

Que l’on soit soignant, aidant ou concerné par une maladie, il n’est jamais trop tôt pour s’informer, s’ouvrir à l’idée de soins palliatifs comme soutien possible. Les ressources existent, dans les hôpitaux, à domicile, dans les réseaux de Centre-Bretagne ou d’ailleurs. Au cœur de cette démarche, il y a une conviction simple : demander de l’aide, ce n’est pas se résigner. C’est affirmer – pour soi, pour l’autre – que chaque jour mérite d’être vécu, entouré, accompagné, écouté.

Les équipes de soins sont là pour aider à franchir ce pas, à trouver le rythme qui convient. Et si vous vous posez la question de quand démarrer un accompagnement palliatif, c’est probablement, déjà, le signe qu’il n’y a ni précipitation, ni retard. Juste l’attention précieuse au présent.