Le Dossier Médical Partagé (DMP) : la mémoire numérique du patient
Depuis sa généralisation par l’Assurance Maladie, le Dossier Médical Partagé (DMP) s’est imposé comme la boussole numérique de tout parcours de santé. En Centre-Bretagne – comme ailleurs en France – il permet :
- de centraliser les données médicales (ordonnances, comptes-rendus, protocoles de soins, volontés du patient),
- d’offrir un accès sécurisé à l’ensemble des professionnels autorisés,
- de réduire les doublons d’actes ou le risque d’erreur (en 2023, selon l’Assurance Maladie, 51% des patients en soins palliatifs disposaient d’un DMP actualisé à jour).
Le grand progrès, ressenti de façon concrète, est la fluidité des échanges entre médecin généraliste, équipe hospitalière et réseau de soutien à domicile. Un protocole pour la gestion de la douleur prescrit à l’hôpital est instantanément visible pour l’infirmière libérale qui intervient le lendemain dans un bourg du Morbihan.
Néanmoins, la création effective du DMP, sa mise à jour et son usage régulier buttent parfois sur des difficultés :
- Manque d’équipement informatique de certains professionnels isolés,
- Sensibilisation à la sécurité informatique,
- Réticences des patients mal informés sur leur droit de gestion des accès (voir rapport IGAS 2022 sur le déploiement numérique de la santé).
Les messageries sécurisées de santé (MSSanté)
Pour contourner les transmissions papier (ou les appels téléphoniques redondants), les équipes s’appuient de plus en plus sur les messageries sécurisées de santé (nommées "MSSanté"), déployées notamment sur la plateforme nationale esanté.gouv.fr. Elles offrent :
- une confidentialité conforme au RGPD (essentielle en soins palliatifs),
- une traçabilité des échanges (heure d’envoi, lecture),
- l’intégration possible de ces courriels dans le DMP.
En Centre-Bretagne, selon le Rapport de l’Observatoire Régional de la Santé, printemps 2023, 75% des équipes mobiles de soins palliatifs utilisent la MSSanté régulièrement pour leurs transmissions inter-structures et le partage des avis pluridisciplinaires. La simplicité d’accès la rend populaire, mais la diversité des logiciels métiers reste un frein.
Les plateformes d’appui à la coordination : MAIA, PTA et Réseaux de soins
Au cœur du dispositif territorial, les dispositifs d’appui à la coordination (exemple : MAIA, Plates-Formes Territoriales d’Appui ou réseaux comme Ressources Palliatives Bretagne) proposent des outils numériques dédiés :
- Fiches de liaison en ligne pour signaler une nouvelle situation ou solliciter une aide,
- Calendriers partagés pour organiser passages à domicile, plannings infirmiers ou réunions de concertation,
- Hotlines numériques pour une réponse télé-expertise dans la journée (98% des sollicitations obtiennent une réponse sous 24h selon Ressources Palliatives Bretagne).
À noter : Les outils proposés par les plateformes d’appui sont pensés pour être utilisables même avec une couverture internet moyenne (cas fréquent dans certains secteurs du Kreiz Breizh).
Téléconsultations et télé-expertise : rapprocher les équipes malgré la distance
La crise liée au Covid-19 a accéléré l’intégration de la téléconsultation dans les parcours de soins, y compris en soins palliatifs :
- La téléconsultation médicale (avec le médecin traitant ou le spécialiste palliatif),
- La télé-expertise (solliciter l’avis d’un spécialiste, d’une équipe douleur ou d’un psychologue à distance),
- L’accompagnement d’une famille ou d’un aidant en visio-conseil, pour soutenir ou expliquer une situation complexe.
En 2022, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Morbihan signale une hausse de 34% des actes de téléconsultation en soins palliatifs sur un an. La majorité des retours positifs souligne le gain de temps et l’accès plus rapide à la compétence médicale spécialisée, là où la géographie imposait auparavant une attente pouvant aller jusqu’à 72h suivant les disponibilités de déplacement.
Applications mobiles dédiées aux aidants et professionnels
Des applications mobiles simples voient le jour, souvent portées par des réseaux régionaux ou la Fédération Française de Soins Palliatifs, par exemple :
- Pallia+ : Application collaborative (protocole, outils d’auto-évaluation de la douleur, numéros utiles),
- Ma Santé, Mon Droit : Informations sur les droits en fin de vie, réseaux départementaux de soutien, aides financières,
- Support UDAF 56 : Aide à la gestion des démarches administratives à distance pour les aidants – déployée en Morbihan en 2023.
Les retours de terrain montrent que ces outils sont plébiscités pour leur simplicité d’accès et la possibilité de décloisonner l’information (70% des familles accompagnées à domicile sollicitent au moins une fois une application d’aide ou d’information au cours du parcours, source : UDAF 56, décembre 2023).